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 Qu'est-ce que l'ART ? en général et plus spécialement en peinture (définition et analyse)

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MessageSujet: Qu'est-ce que l'ART ? en général et plus spécialement en peinture (définition et analyse)   Mer 5 Mai - 15:39

Souvent il m'a été donné de discuter, dans des forums ou sur facebook, sur cette énigme ...

Une définition d'un philosophe allemand qui donna des cours d'esthétique à l'université de Berlin :

« Le but de l’art, son besoin originel, c’est de produire aux regards une représentation, une conception née de l’esprit, de la manifester comme son œuvre propre ; de même que, dans le langage, l’homme communique ses pensées et les fait comprendre à ses semblables. Seulement dans le langage, le moyen de communication est un simple signe, à ce titre, quelque chose de purement extérieur à l’idée et d’arbitraire.

L’art, au contraire, ne doit pas simplement se servir de signes, mais donner aux idées une existence sensible qui leur corresponde. Ainsi, d’abord, l’œuvre d’art, offerte aux sens, doit renfermer en soi un contenu. De plus, il faut qu’elle le représente de telle sorte que l’on reconnaisse que celui-ci, aussi bien que sa forme visible, n’est pas seulement un objet réel de la nature, mais un produit de la représentation et de l’activité artistique de l’esprit. L’intérêt fondamental de l’art consiste en ce que ce sont les conceptions objectives et originelles, les pensées universelles de l’esprit humain qui sont offertes à nos regards ».

Georg Wilhelm Friedrich Hegel (1770-1831) . Esthétique. Première partie.

Autre citation :
L'art est l'organisation d'impressions sensorielles qui exprime la sensibilité de l'artiste et communique à son public un sens des valeurs qui peut changer leur vie.

Pris dans son sens absolu, sans support déterminé, c'est une manifestation intellectuelle représentée par un objet créé par l'homme !
Dans ce sens, toutes les hypothèses d'œuvres prétendues artistiques sont valables, des plus farfelues au plus sérieuses.

Mais dès que l'on précise le support et la technique, l'Art s'inclue dans une histoire des techniques et ne devient plus neutre, il s'inclue également dans un filtre esthétique et résulte du clientélisme dominant.
Ce qui est considéré comme artistique aujourd'hui serait jugé comme une fumisterie un siècle plus tôt. Cela provient d'une captation du bon goût artistique par quelques professionnels qui dictent l'orientation d'un marché. Puisque celui-ci découle uniquement de quelques individus clefs.

Maintenant, on peut s'interroger sur "qu'est-ce que l'ART selon vous ?" (en dehors d'un marché). Là, nous aurions davantage d'arguments subjectifs et objectifs à formuler et la discussion deviendrait nettement plus intéressante avec des qualifications plus judicieuses !

Question subsidiaire :

L'art ne peut être que figuratif, bien que certaines œuvres abstraites (au sens large) soient très réussies dans leur intensité expressive.

Par contre, pour un panel non exhaustif d'œuvres "abstraites" combien sont de vraies fumisteries ? il semble que la statistique conduit à un résultat bien supérieur à un même échantillon d'œuvres figuratives. Pour la bonne raison que l'interprétation de la caractéristique artistique des premières est nettement plus large avec une possibilité d'argumentation pléthorique !

Une œuvre figurative ne jouit pas hélas de ce noble statut, elle est immédiatement lisible et sanctionnable dans l'instantanéité !
La qualité d'exécution du travail est immédiatement interprétable.
La représentation du sujet traité apporte-t-elle un plus artistique par rapport à une vulgaire copie picturale de la nature ? Facile à prouver.
Par contre, toutes ces exigences figuratives imposent à l'artiste un vrai travail de création, de finition, de jeu de lumière, etc, pour magnifier cette nature.

En conclusion, avec l'art brut, on ne manipule qu'un concept pour faire de l'art, avec l'art figuratif, il faut savoir maitriser son pinceau, ce qui requiert déjà une certain expérience.


Souvent des historiens nous sortent leurs citations favorites, mais c'est là tout l'écueil qui existe entre l'analyse d'un historien de l'art non praticien ou d'un amateur d'art et la réalité physique et intellectuelle d'une œuvre.

Il est vrai qu'en art abstrait les a priori graphiques ou intellectuels n'existent pas, il n'y a aucune technique à critiquer, on est directement dans le concept ... Par contre,on peut concevoir qu'une œuvre plastique "abstraite" soit artistiquement convaincante. Il faut tout de même que l'artiste soit intervenu dans son élaboration et que l'impulsion expressive qui en résulte soit due, non pas au fruit du hasard, mais essentiellement au talent de l'artiste.

Donc, l'art abstrait et l'art figuratif sont tout deux possibles, avec une réserve toute spécifique au premier : le doute technique qui induit une valeur artistique ajoutée sujette à caution. Ce n'est plus l'œuvre qui sera jugée, ici, mais l'ensemble des œuvres ou une grande partie du travail de l'artiste pour y rencontrer un style reconnaissable et non aléatoire. Pour une œuvre figurative, celle-ci se suffit à elle-même pour la qualifier ou non d'artistique.

A vous de tirer les conclusions qui s'imposent.


Le problème avec des artistes réputés comme Rothko, c'est que l'Art passe d'un statut noble à celui d'un vulgaire artisan pour nuanciers décoratifs !
J'ai rien contre les nuanciers décoratifs, mais les élever au rang d'œuvres universelles, c'est un petit peu pousser fort le bouchon ! Où est la dimension humaine de ces œuvres ?
Toute cette problématique a pour origine la naissance des critiques d'art, apparus vers le second empire et, qui ont totalement perverti la vraie valeur artistique pour la confiner dans des discours hermétiques où le concept devient l'œuvre et ou l'œuvre disparait totalement derrière le concept !
Une valeur artistique doit provenir de l'œuvre elle-même et pas du discours d'interprétation d'un commerçant professionnel. C'est justement à partir du moment où l'Art est réquisitionné par des marchands qu'il perd sa dimension humaine et son message originel. Une œuvre doit exalter la condition humaine et comme nous évoluons dans un monde de lumière, d'objets et de corps humains, il est nécessaire de créer à partir de cette réalité et pas de créer des concepts imaginaires sensés représenter la condition humaine.









HEGEL, KANT et l'Art


Dans la Critique de la Faculté de juger Kant propose une définition classique de l'œuvre d'art , à partir de l’activité créatrice qui le manifeste. L’art est humain et non pas un produit de la Nature. Si la Nature produit des effets, elle ne crée pas des œuvres. L’œuvre d’art suppose une liberté créatrice qui excède la fécondité naturelle. L’artiste crée en vertu d’un libre-arbitre, qui n’est pas la nécessité naturelle. Or, à ce libre-arbitre proprement humain est attaché l’usage de la raison et la capacité de donner une forme rationnelle à une création. Ainsi, pour Kant, « on se plaît à nommer une œuvre d’art le produit des abeilles (les gâteaux de cire régulièrement construits) mais ce n’est qu’en raison d’une analogie (R) avec l’art, en effet dès que l’on songe que les abeilles ne fondent leur travail sur aucune réflexion proprement rationnelle, on déclare aussitôt qu’il s’agit d’un produit de leur nature (de l’instinct), et c’est seulement à leur créateur qu’on l’attribue en tant qu’art ». L’abeille produit une structure très bien faite, mais elle ne fait pas par réflexion, elle fait sans penser ce qu’elle fait et elle ne peut pas faire autre chose, car il est tout simplement dans sa nature de produire les éléments de la ruche. C’est donc seulement dit Kant par analogie que nous verrons dans les ouvrages naturels de l’animal de l’art, parce que nous ne pouvons pas nous empêcher de les penser à l’image des créations humaines. Cette analogie relèverait ainsi d’un anthropomorphisme spontané, ce qui est une forme commune d'erreur.

Il y cependant dans ce texte deux points surprenants :
1) Kant met la raison à l’origine de la création artistique. Cela se conçoit très bien dans le champ de la technique ; après tout, une invention comme la lampe halogène est un produit de nos connaissances scientifiques de la combustion et de l’électricité. Mais ce mode d’analyse convient-il à l’art ? L’œuvre d’art est-elle une élaboration de la raison ?
2) « c’est seulement à leur créateur qu’on l’attribue en tant qu’art » : Kant dit clairement que la Nature qui œuvre à travers l’abeille peut seule être désignée comme artiste, car en elle se rencontre l’intelligence créatrice que l’abeille déploie. Si cette intelligence créatrice était consciente, nul doute que l’on pourrait de ce point de vue voir dans la Nature un artiste de génie et dont les œuvres sont innombrables. Cela serait possible, sans nul doute, dans une interprétation finaliste de la Nature, telle que celle d’Aristote, pas dans une interprétation mécaniste de la Nature. Dans la mesure où nous continuons d’adhérer à un paradigme mécaniste de la Nature, nous sommes restons incapables de voir dans ce que nous considérons comme des « choses » naturelles, des œuvres d’art. Pour nous, l’œuvre d’art naît donc de la présence d’intentions conscientes, d’une finalité humaine dans la production d’un objet. Ainsi, quand « en fouillant un marécage on découvre, comme il est arrivé parfois, un morceau de bois taillé, on ne dit pas que c’est un produit de la Nature, mais de l’art ». Et donc : « quand on nomme simplement une chose une œuvre d’art, pour la distinguer d’un effet naturel, on entend toujours par là une œuvre de l’homme ».

Pourtant, nous n’allons pas nommer œuvre d’art n’importe quelle production humaine. Il faut distinguer l’invention technique, de la création artistique et réserver le terme d’œuvre d’art à ce qui ne procède pas seulement d’une visée purement technique. L’invention technique est liée à un savoir d’ordre scientifique. Ma lampe de poche est un produit d'une ingéniosité technique qui se nourrit d’un savoir tiré de la physique. Je ne dirai pas que c’est une œuvre d’art, le seul nom qui lui convienne en la matière, c’est « objet technique ». Par contre, je peux identifier les fresques de Tassili N’Ajjer présentes au Musée de l’homme comme des œuvres d’art. Comme le dit Kant, l’art enveloppe une habileté de faire, distincte d’une science, comme la pratique se distingue de toute théorie. D’ailleurs, ce n’est pas en apprenant dans un livre comment faire une chaussure que je saurais la fabriquer, c’est une question de pratique et non de théorie. Enfin, dans le même texte, Kant ajoute qu’à l’art est associé une liberté créatrice qui fait de son activité un jeu, « l’art est libéral », tandis qu’une activité humaine tournée vers la seule technique est contraignante. Il lui manque le jeu libre de la création caractéristique de l’art, « le métier est mercenaire » dit Kant. L’ouvrier qui est coincé sur une chaîne de production, n’a certainement pas le sentiment de créer une œuvre. Il exécute des tâches techniques et c’est tout. On l'insulterait, si on désignait son travail d'artistique. Or, le paradoxe, c’est que le mot œuvre, indique le sens de ce que fait un ouvrier. Originellement, l’ouvrier, c’est celui qui fait une œuvre ! Or dans notre société postmoderne, le statut de l'ouvrier a été déchu. Non seulement l’ouvrier ne fait pas d’œuvre, mais en plus, il n’a même plus le sentiment qu’a l’artisan du bel ouvrage. Il ne travaille pas au sens profond du terme. Il exécute machinalement des opérations. Là encore, le paradigme mécaniste a joué son rôle, appliqué rigoureusement dans le monde du travail, il a détruit sa valeur essentielle d’œuvre, sous la forme d'une rationalisation forcée.

Il en résulte que, dans un monde tel que le nôtre, régit par la techno-science, nous avons naturellement tendance à situer l’œuvre d’art sur des hauteurs éminentes, à donner à l’œuvre une majesté dont les objets techniques sont dépourvus. Mettre l’œuvre d’art sur un piédestal, c’est donc l’idéaliser. Nous avons idéalisé l’œuvre d’art en la situant dans un monde à part, loin des objets quelconques qui nous entourent, en trouvant en elle une manifestation de l’esprit. C’est exactement ce que veut montrer Hegel dans son Esthétique : « le côté sensible de l’œuvre d’art n’existe et ne doit exister que pour l’esprit ». Hegel prolonge l’opposition déjà présente dans le texte de Kant, entre la Nature et l’art. « L’œuvre d’art ne peut-être un produit naturel, ne peut-être animée d’une vie naturelle ». Le monde de l’art, c’est le monde de l’esprit, le monde où l’esprit vient à se manifester en-soi et pour-soi, tandis que le monde naturel n’existe qu’en-soi. Le monde naturel, c’est le monde des objets, or un objet ne sert qu’à une pure et simple consommation. Le consommateur détruit l’objet, il n’a pas vraiment égard à sa qualité spirituelle, car il ne voit dans l’objet qu’une chose utile, que la proie d'un désir. « Le désir dévore donc les objets », « il a besoin de ce qui est matériel et concret ». Il ne peut pas, sans se renoncer, accéder à une perception libre et désintéressée. Il ne peut pas laisser-être son objet, simplement pour le regarder, s’en émerveiller, le voir pour le voir, sans aller au-delà. Mais, en même temps, le moi qui désire sent bien que ses intérêts sont limités par la prédation elle-même. Il sent bien qu’il n’est pas libre par rapport à l’objet. Or, accorder un regard libre à un objet, n’est-ce pas déjà le regarder comme une œuvre ? La différence entre l’objet et l’œuvre ne tient-elle pas aussi à la différence entre perception commune et contemplation esthétique ? Aussi comprenons-nous Hegel quand il nous indique que l’homme, pour accéder à l’art, doit mettre entre parenthèses le désir et la sensualité, se faire pure sensibilité et esprit. « Envers l’art, l’homme ne se comporte pas selon son désir…Les œuvres d’art occupent un tout autre plan, puisqu’elles sont au service de l’esprit et ne sont là que pour le satisfaire ». L’homme qui se tourne vers l’œuvre d’art est en recherche du spirituel dans l’art (pour reprendre le titre de Kandinsky).

POUR COMPLETER LA DEFINITION :


Abordons la problématique de la définition d'une œuvre artistique !
Si pour un artiste la seule participation intellectuelle est d'avoir su dévisser deux boulons sur un mur, avoir voler un bien public, puis mis l'objet sorti droit d'une usine, dans un musée (le fameux urinoir de Duchamp) cela s'appellerait de l'art selon les revendeurs et critiques d'art !
Et bien je dis non !
Je ne rentre pas dans ce délire où seule l'idée du concept artistique deviendrait la seule variable d'un objet prétendu "œuvre".
Non, le travail d'un artiste sur son œuvre (sa création) qui doit rendre l'œuvre artistique et pas juste un discours plaqué sur un objet manufacturé dans l'usine du coin.

Ces critiques d'art, nés sous le second empire, qui manipulent l'opinion publique, ont tout pourri, ils confondent tout et n'ont même plus une notion réaliste de ce qu'est un artiste. Qu'ils croient, à tort, qu'il puisse s'agir d'un bonimenteur ou d'un escroc !

Dans ce cas, la nature serait aussi un objet exposable ! Il suffirait de déraciner un arbre et de le mettre en plein musée pour en faire une œuvre d'art et pourquoi pas se prétendre artiste conceptuel d'un arc en ciel !?? ...
Une œuvre d'art ne peut exister légalement si elle n'est pas incluse dans une technique artistique et qu'elle ne soit le fruit du travail d'un artiste !
Le fruit d'un travail d'un artiste : cela veut dire que l'œuvre est obligatoirement le résultat matériel et intellectuel de l'artiste créateur.
Un artiste ne peut pas prétendre avoir "découvert" une œuvre ! Comme une œuvre ne peut exister sans être le fruit d'un artiste ! Sinon, cela voudrait dire, puisque l'artiste n'y est pour rien !, que l'art peut être même réalisé sans l'artiste !
Imaginons deux secondes qu'une ruche d'abeilles qui fabriquent leur gâteau de cire (les fameuses alvéoles hexagonales) soit transporté dans un musée par un artiste qui prétendrait avoir réalisé une œuvre d'art ! Il y aurait escroquerie ! Puisque les vrais créateurs de l'œuvre sont en réalité les abeilles ! même parallèle avec l'urinoir de Duchamp, ce n'est pas Duchamp le créateur mais l'ouvrier qui a participé dans l'usine à la fabrication de l'objet !



ENFIN, voici quelques liens intéressants :
http://fr.wikisource.org/wiki/Qu%E2%80%99est-ce_que_l%E2%80%99art_%3F
http://technique.brayard.fr/0000009d1d10ff105/index.html
http://www.philagora.net/corrige2/art-technique.htm
http://www.genaisse.com/forums/viewtopic-30136.html

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"Une société prête a sacrifier un peu de liberté contre un peu de sécurité
ne mérite ni l'une, ni l'autre, et finit par perdre les deux." Benjamin Franklin.
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